Piégé par son mobile, si c'était vrai ?

L'espionnage par téléphone mobile, réel danger ou simple fantasme paranoïaque ? Une chose est sûre, on peut déjà prendre quelques précautions si on a peur d'être suivi à la trace.
Écoute des conversations et lecture des SMS de tous par tous seraient
possible selon quatre
questions sur un "mouchard",
article publié en Mars dernier par Le
Parisien.
Les journalistes ont testé plusieurs logiciels de piratage. Ils ont
contacté les services de hot line des éditeurs afin de savoir
comment fonctionnaient ces logiciels, et comment s'y prendre. Les
résultats sont assez troublants.
Seuls
les smartphones sont en cause.
Premier constat des journalistes du Parisien
: les logiciels d'écoute ne fonctionnent qu'avec des téléphones
compatibles. Mais c'est malheureusement le cas de la plupart des
smartphones, comme le Blackberry et tous les mobiles utilisant le
système d'exploitation Windows Mobile de Microsoft. L'iPhone d'Apple
serait un cas à part puisqu'il nécessiterait d'être
« jailbreaké », c'est-à-dire modifié pour fonctionner
avec des applications non référencées par Apple. Pour pouvoir
jouer à l'espion, il faut tout de même installer au préalable une
application sur le mobile de sa victime. Ce qui implique d'en
disposer au moins le temps du téléchargement. Et comme aux yeux de
l'éditeur il s'agit d'un simple basculement de ligne, il faut
également indiquer le numéro IMEI (International
Mobile Equipment Identity)
du mobile à piéger. Ensuite, c'est toujours un peu la même chose.
Soit l'espion est directement prévenu par SMS chaque fois que le
téléphone espionné reçoit ou envoi un appel, il peut alors
écouter la conversation de sa victime simplement en décrochant son
propre mobile. Soit la conversation espionnée est stockée sur un
serveur accessible à tout moment par l'espion via un simple mot de
passe... Conclusion : ne laissez jamais votre mobile dans les mains
de n'importe qui.
Quelques
mesures de prudence.
Outre la surveillance rapprochée de son téléphone mobile, quelques
précautions sont également à prendre pour éviter de se faire
espionner. Parmi
elles, désactiver
la fonction de conversation à trois et surveiller sa facture de SMS.
Si cette dernière augmente sans raison apparente, il est possible
que cela soit dû à des envois aveugles... Toutefois, on peut se
poser la question de la nature de ce type de logiciels. Ne
seraient-ils pas de simples gadgets numériques ? Comme la montre
caméra ou la cravate écouteur (voir l'article, les
gadgets espions se banalisent,
publié par MaNews en octobre 2009), ils ne présenteraient pas en
définitive de réel danger. Et ne seraient qu'une manifestation de
l'effet de transparence amené par les technologies numériques.
La
notion de vie privée a-t-elle toujours un sens ?Des
informations personnelles postées sur Twitter ou Face Book à la
publication des photos ou vidéos de vacances sur Youtube ou Picasa,
l'alliance du numérique et des réseaux ferait-elle voler en éclat
la notion de vie privée ? Et ce, même si ces publications sont tout
à fait volontaires. A ce sujet, un article très intéressant publié
dans la revue électronique Internet
actu.net
évoque une fracture générationnelle. L'idée ? A la révolution
sexuelle des années 70 qui opposait les jeunes générations aux
anciennes succéderait aujourd'hui la révolution de la mise à nu
des informations personnelles. Ce n'est plus son corps que l'on
expose à la vue de tous, mais ses idées. Dans
son article
La
vie privée, un problème de vieux cons ?,
Jean-Marc Manach dresse en effet un parallèle entre la façon dont
les jeunes internautes se dévoilent sur le web et la révolution
sexuelle, en se demandant si ceux qui sont gênés par cette façon
décomplexée de s'exprimer ne seraient pas un peu coincés :
« Nombreux
sont ceux qui pensent que les jeunes internautes ont perdu toute
notion de vie privée. Impudiques, voire exhibitionnistes, ils ne
feraient plus la différence entre vie publique et vie privée. Et
si, a contrario, ils ne faisaient qu'appliquer à l'internet ce
que leurs grands-parents ont conquis, en terme de libertés, dans la
société ? »
Andrée
Muller - Journaliste, écrivain - Auteure de La
net économie,
PUF 2007, collection Que sais-je ?