En baisse depuis plus d'un an, le marché de l'art moderne réajuste ses prix. Mais au fait, combien peut bien coûter aujourd'hui l'oeuvre d'un artiste contemporain ?
Les
prix de l'art moderne se sont assagis. Il n'en reste pas moins de
très grandes disparités entre les valeurs marchandes attribuées
aux différentes oeuvres. Emotion, originalité, signe des temps,
mais aussi reconnaissance de l'artiste par le milieu... des créations
à plusieurs centaines de milliers d'euros présentées en octobre
dernier à la
Fiac par les plus
grandes galeries d'art mondiales à celles à moins de cinq mille
euros du salon
Art
Shopping, il n'est pas toujours évident de déterminer
lesquelles seront les valeurs sûres de demain.
Baisse
du prix moyen après six années d'envolée. Le meilleur
baromètre en la matière est certainement la base de données
d'Artprice qui retient
exclusivement les oeuvres des artistes né après 1945. On y constate
un fléchissement des prix (- 27% en moyenne cette année). Rien de
plus normal à cette chute selon le collectionneur Antoine de
Galbert, créateur de la fondation La
Maison Rouge, ce n'est qu'un retour à la normale après cinq ans
de spéculation : « Il y a un parallélisme entre marché
financier et marché de l'art, dit-il.
Dans les deux cas existent des produits pourris. Et de temps à
autre, le couperet tombe ». Autre
point commun à ces deux marchés, la mondialisation. Artprice relève
ainsi la montée en puissance de la Chine. Au regard des ventes aux
enchères réalisées par pays, elle occupe à présent la troisième
place (95 millions d'euros en 2009) derrière le Royaume Uni (261
millions) et les Etats Unis (123 millions). Avec 18 millions d'euros
de transaction, la France se situe pour sa part loin derrière,
devant toutefois l'Italie (9 millions) et l'Allemagne (5 millions).
Du
haut de gamme encore très cher. L'art moderne devient
globalement plus abordable et se désenclave, la cause est entendue.
Il n'empêche, les oeuvres des artistes les plus cotés restent à
des niveaux impressionnants. Preuve en est les chiffres fournis par
la base de données d'Artprice. Elle affiche au Top 500 des artistes
contemporains des prix variant de 11 millions d'euros pour une oeuvre
de Damien Hirst
à 30 000 euros pour une sculpture de Javier
Marin. Numéro un du classement, Damien Hirst est le créateur de
Pour l'Amour de Dieu, crane incrusté de plus de 8 000
diamants. Oeuvre la plus chère au monde vendue du vivant de son
auteur, elle aurait été cédée pour quelques 74 millions
d'euros... Né en 1965 à Bristol en
Grande-Bretagne, Damien Hirst est généralement présenté comme le
chef de file des YBA, les Young British Artists. Très en vogue, ses
créations évoquent l'art, la vie et la mort.
La
barre des 5 000 euros. Toutefois
Artprice établit une distinction entre ce type de production dont la
valeur marchande est supérieure à 500 000 euros et les autres
oeuvres d'art, elles mêmes regroupées en plusieurs sous ensembles.
La marché de l'art contemporain se découperait ainsi en quatre
catégories, définies par des fourchettes de prix. Or dans ce
découpage, les oeuvres les plus chères (à plus de 500 000 euros)
ne représenteraient que 1% de l'ensemble des ventes effectuées de
Juillet 2008 à Juin 2009 par les grandes maisons de ventes d'art
comme Christie's International ou Sotheby's. Celles dont les prix se
situent entre 499 999 et 50 000 euros comptent pour 5 % du marché.
Un cran plus bas, les créations dont les prix varient de 49 999 à 5
000 euros représentent quant à elles 25% du marché. Et en
conséquence, la plus grande part du marché (69%) revient
aujourd'hui aux oeuvres dont les prix ne dépassent pas 5 000 euros.
Chute
des petits prix. Raison d'être du salon Art Shopping, cet art à
moins de 5 000 euros témoigne peut être plus encore, par sa
spontanéité, des courants artistiques actuels. Grand retour du
dessin et du collage, détournement d'objets, ambiances urbaines,
sculptures ou peintures animalières, compositions numériques et
photo montage,... telles sont les grandes tendances qui ressortaient
de la présentation des oeuvres des quelques deux cent artistes
exposants. Or une grande majorité d'entre eux avouaient se trouver
dans l'obligation de baisser leur prix. Et de fait, au cours de ce
salon qui s'est tenu fin octobre 2009 à Paris, les oeuvres d'art
exposées se sont vendues à des valeurs comprise en moyenne entre 1
000 et 2 000 euros l'unité.
Andrée
Muller - Journaliste, écrivain - Auteure de La
net économie,
PUF 2007, collection Que sais-je ?