Donner du sens à ses vacances. Mettre à disposition ses compétences tout en s'appuyant sur la logistique de professionnels de l'aide humanitaire... C'est ça le congé solidaire.
« Passionnée par
l'Inde, j'ai eu la chance de passer deux semaines à Pondichéry pour donner des
cours de bureautique dans le cadre d'une mission humanitaire organisée par Planète
Urgence » :
c'est grâce à un Congé Solidaire que Fabienne
Touchard, responsable marketing de la société de service informatique
NorthgateArinso, est partie aider de jeunes indiens à faire leur premier pas en
informatique.
Tout
a commencé par une visite du site internet de Planète Urgence. L'organisation a
but humanitaire prévoyait une mission de formation à la bureautique auprès de
dalits (intouchables) à Pondichéry, en janvier 2008. On était alors en octobre
2007. Le temps presse. Mais tout tombe bien : pas de surcharge de planning
et un supérieur hiérarchique qui donne son accord. Fabienne pose deux semaines
de congé pour janvier et s'engage auprès de Planète Urgence. « Mon entreprise a payé mon billet
d'avion et les 2000 euros de frais de séjour. Mais attention, ce n'était pas
des vacances », tient-elle à préciser. De vraies journées de
travail : cours de 9 heures à 13 heures donné aux neuf élèves de la
classe, âgés de 18 à 25 ans ils venaient de villages environnants. Déjeuner en
commun, séances de rattrapage pour certains d'entre eux, puis travail avec la
responsable locale de l'association jusqu'à 18 heures. Indispensable aussi de faire
preuve d'adaptabilité : un seul élève parlait un peu l'anglais. Tous les
autres ne s'exprimaient que dans leur langue locale, le tamoul, que Fabienne ne
connaît pas. « J'affichais chaque
icône, un à un, sur l'écran de mon ordinateur. Puis je leur montrais tout ce
qu'ils pouvaient faire avec. Et en leur apprenant les deux à trois mots
d'anglais correspondants, nous avons pu établir un véritable dialogue ».
Après une première journée un peu difficile, tout le monde entre dans le bain.
Et au final, ils ont appris à manier la souris, à utiliser des applications
bureautiques comme le traitement de texte, le tableur et la messagerie
électronique. Mission accomplie, certains continuent à utiliser
l'informatique : « J'ai gardé
des contacts avec trois d'entre eux, ils m'envoient des mails de temps en
temps ».
Né
autour des années 2000, le Congé Solidaire
n'est pas une démarche vraiment nouvelle. Restée dans l'ombre pendant ses
premières années d'existence, cette pratique a pris une dimension nouvelle en
s'inscrivant dans l'actuel mouvement de remise en cause d'une société de
consommation non contrôlée. Soutien financier d'une entreprise à ses salariés souhaitant
consacrer deux à trois semaines de leur temps de congé payé à une mission
humanitaire, le congé solidaire est un accord tri partie qui engage
l'entreprise, le salarié et une organisation humanitaire. Ensuite tout dépend
du contenu de cet accord, de la nature de la mission proposée, du temps de
vacances que le salarié veut y consacrer,... La prise en charge des frais de
transport, par exemple, n'est pas une obligation pour l'entreprise. Certaines
choisissent de ne financer que les frais de mission, le salarié payant
directement ses dépenses de voyage. Précisons toutefois que l'entreprise peut bénéficier
d'une déduction fiscale.
Le
congé solidaire n'est pas réservé non plus aux personnes exerçant telle ou
telle profession particulière comme la médecine, la logistique ou
l'informatique. Les candidats au congé solidaire doivent répondre à des
missions proposées par des organisations non gouvernementales (ONG) locales
partenaires de l'association Planète Urgence. De la formation des adultes à
l'informatique ou à la couture, à l'animation d'ateliers socio-éducatifs ou
sportifs, en passant par l'aide à la création de micro entreprises, ces
missions sont très diverses. Les pays de destination sont, eux aussi, très variés :
effectuées surtout sur le continent africain et au Moyen-Orient au cours des
premières années, les missions couvrent peu à peu d'autres pays comme le Niger,
la Guinée, le Tibet ou le Pérou... Un représentant de Congé Solidaire y assure chaque
fois sur place le suivi du projet, l'accueil et l'encadrement du volontaire.
Andrée Muller - Journaliste, écrivain -
Auteure de La
net économie, PUF 2007, collection Que sais-je ?