Autodéfense et révolution numérique

Les services numériques promettant surveillance, protection et inspection se multiplient. Petit tour d'horizon de ces outils d'autodéfense à la mode du « faites-le vous même ».
L'homo
numericus aurait-il la capacité d'assurer sa défense et celle de
ses propres biens ? Difficile de répondre. Mais une chose au moins
est sûre : les services d'authentification et de surveillance
réservés il y a quelques années à peine aux professionnels sont à
présent à la portée de tous, autant en terme de prix que de
facilité d'usage. Première conséquence : les technologies
numériques d'autodéfense nous amènent aujourd'hui un peu plus loin
dans la société de contractualisation.
Prouver
sa bonne foi
Vendue
1,59 euros pour deux photos sur l'App Store d'Apple la
nouvelle
version de Shoot&Proof certifie les photos numériques prises
avec un iPhone. Cette application transforme
un smartphone (téléphone mobile intelligent) en générateur de
preuves légales. Elle permet de produire des photos certifiées
ayant force probante en justice. Comment ça marche ?L'utilisateur
prend des photos avec son mobile, choisit celles qu'il veut
certifier, les envoie par mail, puis les récupère une fois
certifiées sur son téléphone ou sur un espace internet dédié. Et
à tout moment, il peut recharger son crédit de photos directement
sur le site internet de Codasystem.
Développeur
de l'application, cette PME française créée
en 2002 emploie dix huit salariés, dont dix en R&D. Les
photos sont tatouées, cryptées, stockées, géolocalisées et
horodatées. On peut donc prouver où la
photo a été prise, quand et par qui, mais surtout qu'elle n'a
pas été falsifiée. L'observation la plus étonnante dans cette
affaire ? Brevetée au niveau mondial, cette application est une
alternative légale aux moyens lourds et coûteux des traditionnels
constats légaux utilisés par les huissiers et les experts.
Surveiller
son appartement. L'autodéfense
relève aussi de l'auto-protection. Or, là aussi moins chers parce
qu'automatisés et miniaturisés, les outils des professionnels
arrivent aujourd'hui dans nos maisons : testé
par
l'Atelier SFR, laboratoire participatif de l'opérateur de téléphonie
mobile, SFR
Homescope
est un service de télésurveillance commercialisé auprès des
particuliers. Comment ça marche ?
Une ou plusieurs webcams se commandent à distance à l'aide d'un
téléphone mobile, ou via internet. En mesure de filmer dans toutes
les directions et munie d'un détecteur de mouvements, la caméra est
reliée en Wi-Fi (réseau informatique sans fil) à une box ADSL. Et
lorsqu'elle détecte une présence, elle filme et sonne l'alerte via
la box, par SMS ou e-mail. Bien sûr, s'ajoutera au coût de la
caméra (149 euros) celui du service
SFR Homescope (9 euros par mois).
Identifier
ses biens. Autre
service expérimenté par l'Atelier SFR : l'étiquette « sticknwizz »
mettant en relation le propriétaire d'un objet perdu avec la
personne qui le retrouve. Actuellement en test, ce service
est réservé aux abonnées de l'opérateur. Principe de
fonctionnement : toute personne inscrite au bêta-test reçoit par
SMS un code promotionnel lui permettant de commander gratuitement des
étiquettes « Atelier SFR sticknwizz » sur le site du
partenaire de l'opération (www.sticknwizz.com).
Quelques jours plus tard, elle reçoit par la poste une vingtaine
d'étiquettes à coller sur les objets de son choix : téléphone,
baladeur, pièce d'identité, clés... Ces étiquettes qui ont une
validité d'un an, correspondant à la durée de l'abonnement au
service, sont munies d'un numéro personnel. La personne trouvant
l'objet perdu pourra donc au cours de cette période saisir ce numéro
sur le serveur vocal ou sur le site internet du service.
Aucune identité ni numéro de téléphone ne seront dévoilés. Mais
un SMS et un email d'alerte indiqueront au propriétaire que sont
objet a été retrouvé, et qu'il peut prendre contact avec la
personne qui l'a retrouvé...
Andrée
Muller - Journaliste, écrivain - Auteure de La
net économie,
PUF 2007, collection Que sais-je ?